Hazebrouck : FT Gisèle

Hazebrouck : FT Gisèle

En juin 1940, lors de l’effondrement du front nord, Hazebrouck tombe aux mains des forces allemandes. Les chars français capturés sont rassemblés sur la place principale, non seulement pour des raisons pratiques mais aussi comme mise en scène de la défaite française. Ces rassemblements servent fréquemment à la propagande et permettent un inventaire quantitatif et qualitatif du matériel récupéré.

Photographié de face, un Renault FT se détache du groupe. Sur sa tourelle moulée, un prénom peint en lettres claires subsiste : Gisèle. Juste à côté, un cœur transpercé d’une flèche a été tracé, simple dessin chargé de sens.

À l’avant du char, une chaîne de remorquage est encore en place. Elle indique que l’engin a été tracté, sans doute après une panne ou une immobilisation liée à l’usure d’un matériel dépassé ou un sabotage de l’équipage. L’armement est une mitrailleuse, protégée par un masque en acier moulé, caractéristique du FT modèle 31. Ce détail confirme qu’il s’agit d’un char encore conforme aux standards français de l’entre-deux-guerres, Bien que technologiquement dépassé en 1940, le FT demeure encore largement présent dans l’Armée française, notamment dans des rôles secondaires ou territoriaux. 

Le prénom et le symbole dessiné sur la tourelle traduisent une appropriation intime de la machine. Le cœur percé d’une flèche évoque l’attachement, l’absence, peut-être l’attente d’un retour. Dans cet espace civique détourné de sa fonction, le char devient un objet d’exposition forcée. Silencieuse, « Gisèle » incarne à la fois la mémoire personnelle de son équipage et la défaite rendue visible au centre même de la cité. 

Malgré la richesse des détails visibles — identification du type de char, baptême « Gisèle », symbole peint sur la tourelle, indices de remorquage et contexte urbain précisément localisé — aucun marquage tactique, insigne d’unité ou numéro réglementaire ne permet d’attribuer ce char FT à une unité précise de l’armée française.L’absence de signes d’appartenance ne résulte pas nécessairement d’un effacement volontaire : elle correspond également aux pratiques encore courantes sur les FT en 1940, notamment dans les unités territoriales ou de réserve, où les marquages pouvaient être réduits, hétérogènes ou inexistants. Le regroupement post-capture et la mise en scène sur la place publique contribuent en outre à brouiller toute lecture organisationnelle.

En l’état des sources visuelles disponibles, toute tentative d’identification unitaire relèverait de l’hypothèse non étayée. L’analyse doit donc se limiter à une identification matérielle et contextuelle, sans attribution organique certaine.

Sources : Google Earth, coll, part.

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