Jeep LRDG
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- Catégorie : Angleterre-véhicules-légers
Long Range Desert Group.






Le 23 juin 1940, au Caire, le général Wavell, commandant en chef au Moyen-Orient, approuvait la formation d'une unité spéciale appelée Long Range Patrols, qui devint par la suite le Long Range Desert Group (LRDG). Elle reçut initialement pour mission de surveiller les mouvements ennemis au-delà de la Grande Mer de sable. L'homme qui avait eu l'idée de créer cette unité et qui la commanda jusqu'en août 1941 s'appelait Ralph Bagnold, major au Royal Signals et spécialiste des expéditions en zone désertique.
Cette formation comptait au départ 30 officiers et soldats, dont Pat Llayton, Kennedy Shaw et Guy Prendergast, qui succéda au major Bagnold. Le LRDG effectua ses premières missions de reconnaissance au mois de septembre 1940 vers le Tchad et vers Koufra. En janvier et février 1941, deux opérations furent montées avec les Forces françaises libres du Tchad, l'une sur Mourzouk avec le colonel d'Ornano, l'autre sur Koufra avec le colonel Leclerc. Koufra devint alors la base principale du LRDG, qui multiplia les raids sur les arrières des forces de l'Axe.
En juillet 1941, le capitaine David Stırling des Scots Guards fut autorisé par le général Auchinleck à mettre sur pied le Special Air Service (SAS), un commando parachutiste dont la mission serait de détruire au sol l'aviation allemande et italienne. Dès la fin 1941, après l'échec de sa première opération aéroportée, David Stırling joignit ses forces à celles du LRDG, qui devint le transporteur du SAS. Les raids lancés sur les aérodromes s'intensifièrent et remportèrent de grands succès ; par contre, ceux menés contre les ports, en particulier Bouerate et Benghazi, n'obtinrent que des résultats limités.
L'action du LRDG et du SAS se poursuivit jusqu'en Tunisie, où leurs patrouilles les reconnurent avant l'offensive de la VIIIe armée toute la région de la ligne Mareth et montrèrent que le débordement de cette dernière par l'ouest était possible.
L'activité du LRDG s'arrêta le 2 avril 1943, après la chute de Gabès. Le SAS, quant à lui, avec des effectifs plus importants, fut utilisé jusqu'à la fin de la guerre.
Après la prise de Tunis, le général Alexander écrivit à W. Churchill à propos de l'action de ces deux formations : « Sans leurs efforts, la victoire eut été plus tardive, à un prix beaucoup plus lourd. Leur rôle dans l'histoire de l'art de la guerre est unique. »
À l’origine, les hommes du SAS sont entraînés comme parachutistes. Mais leur première opération, en novembre 1941, tourne au désastre : dispersés par une violente tempête de sable, beaucoup sont capturés ou tués. Cet échec pousse Stirling à repenser totalement sa stratégie. Il abandonne les parachutages au profit d’une approche plus adaptée au désert : la guerre mobile.
C’est alors que le SAS collabore étroitement avec le Long Range Desert Group (LRDG), une unité spécialisée dans la navigation et les longues patrouilles en territoire désertique. Le LRDG transporte les commandos du SAS au cœur du désert, parfois à des centaines de kilomètres derrière les lignes ennemies. Mais rapidement, le SAS cherche à gagner en autonomie. À partir de 1942, les Britanniques reçoivent des véhicules américains dans le cadre du programme d’aide alliée. Parmi eux, la célèbre Willys MB Jeep va devenir l’outil emblématique du SAS. Loin de se contenter de les utiliser telles quelles, les commandos les transforment en profondeur. Les pare-brises sont retirés pour alléger le véhicule, des jerricans supplémentaires sont fixés pour augmenter l’autonomie, et surtout, plusieurs mitrailleuses sont installées à bord, notamment les redoutables Vickers K. Chaque Jeep devient ainsi une véritable plateforme de combat mobile, rapide et redoutablement efficace.
Grâce à ces véhicules, le SAS met en place une nouvelle tactique : le raid éclair motorisé. Les patrouilles progressent de nuit, s’approchent discrètement de leurs objectifs, puis attaquent soudainement avec une violence extrême avant de disparaître aussi vite qu’elles sont apparues. L’une des actions les plus célèbres a lieu en juillet 1942, lorsque dix-huit Jeeps du SAS attaquent l’aérodrome de Sidi Haneish. En quelques minutes, elles détruisent des dizaines d’avions allemands au sol, infligeant un coup sévère à l’aviation ennemie.
La Jeep permet également de transformer les méthodes d’attaque des aérodromes. Alors qu’auparavant les commandos devaient s’infiltrer à pied pour poser des charges explosives, ils peuvent désormais traverser les pistes à grande vitesse en tirant directement sur les appareils stationnés. Cette tactique spectaculaire repose sur la surprise, la vitesse et la puissance de feu.Les conditions de vie dans le désert restent cependant extrêmement difficiles. Les hommes doivent faire face à une chaleur accablante, au manque d’eau, à l’isolement et aux longues distances sans repères. Malgré cela, les patrouilles du SAS parcourent parfois des milliers de kilomètres, opérant loin de toute base et en totale autonomie.
La Willys MB Jeep utilisée par le Special Air Service en Afrique du Nord (1942–1943) illustre parfaitement l’adaptation d’un matériel standard à une guerre atypique. Conçue à l’origine comme véhicule léger de reconnaissance, robuste et mobile, elle devient entre les mains du SAS une plateforme de combat polyvalente, taillée pour les immensités désertiques.Allégée au maximum — pare-brise et éléments superflus supprimés — la Jeep gagne en mobilité et en fiabilité sur des terrains difficiles. Sa transformation la plus décisive concerne l’autonomie : saturée de jerricans d’essence et d’eau, elle peut parcourir plus de 1 000 kilomètres, rendant possibles des raids très en profondeur, loin de toute base logistique. À cela s’ajoutent des adaptations spécifiques au désert : filtres à air renforcés, équipements de navigation rudimentaires mais efficaces, et matériel de désensablement.
Son autre atout majeur est sa puissance de feu. Équipée de plusieurs mitrailleuses — notamment des Vickers K et des Browning — souvent montées en affûts jumelés à l’avant, la Jeep SAS délivre une capacité de tir exceptionnelle pour un véhicule aussi léger. Elle peut frapper en mouvement avec une violence soudaine, puis se replier avant toute riposte organisée. L’équipage, réduit à deux ou trois hommes, est hautement polyvalent : conducteur, tireur et navigateur partagent les tâches et s’adaptent aux situations. Cette souplesse humaine complète parfaitement la flexibilité du véhicule.Mais cette efficacité a un prix : totalement dépourvue de blindage, la Jeep SAS reste extrêmement vulnérable. Son emploi repose donc sur une doctrine claire : vitesse, surprise et retrait immédiat. Elle excelle dans les raids contre les aérodromes, les opérations de sabotage et la reconnaissance profonde, où l’effet de choc compense l’absence de protection.
En définitive, la Jeep du SAS dépasse largement son rôle initial. Elle devient une véritable arme tactique, capable de projeter une petite unité à grande distance, de frapper au cœur du dispositif ennemi et de désorganiser des forces bien supérieures. Dans le contexte du désert nord-africain, elle incarne l’une des innovations les plus marquantes de la guerre de mouvement menée par les forces spéciales.